Sommes-nous des « objets » ou des « sujets » connectés ?


 

par Timothée FERRAS, Président THE PLACE TO COACH

 

 

Il y a maintenant 2 ans, je participais à des travaux de recherche menés par Nicole Aubert, Professeur Emerite à ESCP Europe, enseignant-chercheur et sociologue, dans le cadre d’une étude sur les dangers de l’hyperconnexion, et notamment sur le désormais incontournable smartphone.

 

Je me rendais compte à quel point cet objet ultra-connecté était devenu un objet indispensable dans notre vie de tous les jours, et dans la mienne en particulier.

 

Je ne possédais qu’un modeste I Phone 4, mais inconsciemment, il était déjà devenu une personne à part entière, un compagnon de voyage et de travail, un assistant personnel, consulté du matin jusqu’au soir.

 

Pour mesurer son addiction au tabac, on demande aux fumeurs à quelle heure ils «grillent » leur première cigarette.

 

Posez-vous donc la même question pour mesurer votre addiction smartphone :

 

  • A quelle heure le consultez-vous le matin ? Au saut du lit ? Avant ou après votre première tasse de café ?
  • Et jusqu’à quelle heure ? Avant ou après avoir souhaité une bonne nuit à vos enfants, à votre conjoint ?

 

Tel un Tamagushi des temps modernes :

  • Vous le nourrissez, en rechargeant ses batteries régulièrement,
  • Vous l’emmenez chez le vétérinaire, grâce aux fameux service qualité de l’Apple Store du Carrousel du Louvres.

 

Observez-le bien et vous verrez ses yeux et sa bouche en le regardant de face, il ne lui manque que la parole, mais c’est chose faite à présent avec Siri.

 

Morgane Tual, journaliste au Monde parlait hier dans un article de « la tentation de l’avatardisation de l’être ». Il semble qu’Apple ait ouvert la voie à un vrai coach-assistant personnel. Pourquoi pas me direz-vous, nous faire rappeler à l’ordre,  avec bienveillance : « Vous devriez marcher un peu plus aujourd’hui pour respecter les recommandations de l’OMS »,  « Pensez à  souhaiter un bon anniversaire à votre 560ème ami sur Facebook, consulter tel ou tel article en rapport avec votre activité professionnelle » etc..

 

On ne peut pas aller à l’encontre de la révolution numérique, ni de la révolution des objets, le fameux « Internet of Things »…

 

Selon un article de Maddyness, 50 milliards d’objets connectés seront en circulation à horizon 5 ans, pour un chiffre d’affaires de 7 000 milliards de dollars, de quoi redonner des couleurs à certains secteurs économiques en perdition et avec certaines perspectives encourageantes sur l’emploi, mais sans doute pas aveuglément.

 

La question n’est pas d’aller contre cette révolution, mais de bien l’appréhender, en conscience. Lors de notre dernière table ronde qui s’est déroulée le 15 juin dernier au CNAM, le philosophe, Directeur de l’IRI et membre du Conseil National du Numérique, Bernard Stiegle, qui fait pourtantpreuve d’un esprit critique certain sur la transformation numérique, reconnaissait qu’il était un grand utilisateur de Google et que cette utilisation lui avait permis d’écrire et de diffuser beaucoup plus d’articles et de notes de recherche ces 5 dernières années.

 

On sait depuis quelques années que Google offre des stages de déconnection dans le désert à nombre de ses employés, que Steve Jobs lui-même ne voulait pas que ses enfants ait un ordinateur à la maison, tout comme la plupart des dirigeants de Google, Twitter et autres Gafa comme le souligne un article du Point, intitulé Les enfants de steves Jobs privés d’I-pad :

 

 

A en croire également le New York Times, de nombreux dirigeants de la Silicon Valley envoient leurs enfants chez Waldorf, un établissement dont la pédagogie est particulièrement anti-technologique, car « tablettes et smartphone représentent une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves ».

 

 

De notre point de vue, la question n’est pas tant de savoir s’il faut ou non utiliser ces nouveaux outils, mais de bien définir un « code de la route », un « manuel des bonnes pratiques », et d’agir au quotidien en (pleine) conscience, puisque cette approche qui vante et popularise les bénéfices anti-stress de la méditation, est désormais à la mode, certainement en réaction aux troubles de l’hyper-connection.

 

La question est bien davantage de savoir si nous sommes des « Sujets » Connectés, acteurs de notre vie, plutôt que des « Objets » Connectés. Et pour rester ou devenir sujet de sa vie, qu’il s’agisse du champ professionnel ou privé, il importe, de temps en temps de se déconnecter, ou plutôt de se reconnecter, à soi, de travailler, sur soi, sur ses rêves, sur ses croyances limitantes, sur son chemin de vie.

 

Souhaitant que ce chemin de vie soit le vôtre, alors sans doute pourrez-vous mieux percevoir et goûter intérieurement cette belle maxime de Confucius :

 

« On n’a que deux vies, et la première commence, le jour où l’on réalise qu’on n’en a qu’une ».

 

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