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Retour sur la Soirée The Place to Coach au CNAM le 15 juin 2016 : introduction par Sabine Lochmann, Présidente du Directoire BPI Group


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Créé par THE PLACE TO COACH, le cercle de réflexion Think About Digital HR, est un lieu de partage et d’échange entre sociologues, philosophes, professionnels de la fonction RH. Cette année, notre cercle s’est réuni le 15 juin 2016, dans le cadre du Festival parisiens des start-ups, FUTUR EN SEINE, au Conservatoire Des Arts et Métiers. En partenariat avec le LAB RH.

Parmi les intervenants que nous avions rassemblés  :

  • Sabine Lochmann, Présidente du Directoire BPI Group
  • Bernard Stiegler, philosophe, Membre du Conseil National du Numérique et Directeur de l’IRI
  • Frédéric Thoral, DRH International Group BNP Paribas Retail Banking
  • Nathalie Wright, DG Microsoft Professional Alliances
  • Jérémy Lamri, Pdt du Lab RH
  • Timothée Ferras, Président de The Place to Coach

Le débat était animé par Charles-Henri Beyssere des Horts, Professeur Emerite à HEC en Management des RH

 

Retour sur le discours d’introduction de Sabine Lochmann, Présidente du Directoire BPI Group

CNAM 15 juin 2016

 

Toutes les études montrent que notre écosystème social et économique va être bouleversé par le développement de la robotisation et de l’intelligence artificielle :

  • 39 % des dirigeants internationaux pensent que le quart des métiers de leur entreprise évoluera dans les 5 ans. (Enquête Ernst & Young et Linkedin, La révolution des métiers, 2014)
  • plus précisément encore : 42 % des emplois sont automatisables à l’horizon 2035, autant dire qu’ils le seront. (Roland Berger, Les Classes Moyennes face à la transformation digitale, octobre 2014)

Au-delà du quantitatif, déjà impressionnant par lui-même, c’est le qualitatif qui doit nous interpeler : en effet, cette révolution concerne directement l’Humain car elle peut rendre son intelligence partiellement obsolète. Qu’en est-il donc de l’humain si des machines peuvent produire, écrire, calculer, concevoir, traduire… mieux que lui ? Que lui est-t-il en propre : le sentiment, le jugement, le libre arbitre et l’éthique ?

La révolution industrielle remettait en cause la primauté de la main, la révolution digitale affecte la primauté de l’intelligence humaine.

Or, les acteurs RH commencent tout juste à prendre conscience de la question, comme nous l’avons constaté lors de notre enquête de juin 2015, qui montrait que la majorité d’entre eux ne considérait pas la robotisation comme un sujet RH prioritaire.

Et pourtant l’impact RH de l’automatisation des compétences et de la robotique est essentiel :

  • elle concerne toutes les CSP, toutes les branches et toutes les formes de travail, à la différence de la robotisation des chaînes de production qui concernait essentiellement les cols bleus ;
  • elle va nécessiter d’inventer de nouvelles façons de travailler et d’accompagner les salariés dans cette évolution des métiers  comme dans celle du dialogue social;
  • Nous ne ferons probablement pas l’économie du partage du travail, ce partage étant un des leviers de la régulation sociale pour éviter la fracture. Or, elle fera appel à de nouvelles relations de travail, fondées sur solidarité et la coopération ;
  • le partage du travail induira mécaniquement une diminution du revenu d’activité partant la nécessité politique de proposer un revenu universel de transition permettant l’accès à la connaissance, à la santé et à tout ce qui est nécessaire à la dignité et à l’épanouissement ;
  • enfin, et c’est crucial : l’automatisation des compétences et la robotique posent la question – anthropologique et politique – de la place de l’être humain au travail et de sa valeur sociale, dans un monde où la destruction d’emplois est inéluctable.

Comment alors s’y prendre pour :

  • accompagner l’évolution des métiers ?
  • répartir un « gâteau » de travail de plus en plus petit ?
  • faire de la QVT une démarche complète au bénéfice des nécessaires transformations ?
  • inventer un nouveau mode de rémunération (ce « revenu de base inconditionnel » devant lequel les Suisses viennent de reculer) ?
  • repenser la place de l’Humain dans ses rapports avec la société ?

 

Plusieurs pistes s’ouvrent à nous, et nous devons nous y engager simultanément :

  • En incitant les universités d’entreprise à profiter de leur situation privilégiée à proximité du terrain
    • pour animer des espaces de prospectives et fournir les dispositifs de formation et de développement des nouvelles formes de travail,
    • pour expérimenter de nouvelles formes de dialogue social, notamment Trans générationnel;
  • En mettant en place au niveau des 13 Régions des Laboratoires de la transformation des métiers (do-tanks). Associant les entreprises et les partenaires sociaux avec des experts, des prospectivistes, des sociologues etc. et le service public de l’emploi, ils iraient au-delà du travail de diagnostic des Observatoires des Métiers existant, pour imaginer et expérimenter de nouvelles formes de travail avec ceux dont les emplois sont menacés et qui détiennent les savoirs et compétences transposables ;
  • En mettant en place des logiques d’écosystèmes, véritables communautés d’initiatives et d’apprentissages pour se donner la capacité d’embrasser la plus grande diversité possible de solutions dans le minimum de temps. C’est que nous faisons à BPI Group au cœur de notre écosystème innovant avec le Lab RH depuis près d’un an, NetExplo depuis 2009 ; comme avec le Lab RS que nous venons de lancer et le Lab Jeunes (120 jeunes) né d’une initiative des Jeunes de BPI Group;
  • enfin, en lançant une réflexion approfondie sur la spécificité humaine du travail. Quelle est sa nature ? Qu’est-ce qui est irremplaçable ? Quelle organisation sociale peut faire droit à ses exigences propres ?

 

C’est là un problème essentiellement politique, autrement plus important pour les années à venir que la définition de l’identité française.

En effet, si nous ne sommes pas capables d’accompagner une évolution qui risque de laisser sur le bas-côté la moitié de nos concitoyens, c’est l’explosion sociale assurée et nos seuls yeux pour pleurer l’identité perdue.

A mon sens, nous sommes face à une transformation plus radicale encore que celle de la première Révolution Industrielle, à une véritable rupture qui met en cause aussi bien l’organisation du Travail que la nature même de l’être humain. A nous de choisir si nous sommes capables de nous transformer, même radicalement, ou si nous allons nous laisser balayer !

 

Je fais confiance aux débats qui vont suivre pour compléter cette brève introduction et nous donner l’opportunité d’échanges innovants et courageux.

 

Je vous remercie,

Sommes-nous des « objets » ou des « sujets » connectés ?


 

par Timothée FERRAS, Président THE PLACE TO COACH

 

 

Il y a maintenant 2 ans, je participais à des travaux de recherche menés par Nicole Aubert, Professeur Emerite à ESCP Europe, enseignant-chercheur et sociologue, dans le cadre d’une étude sur les dangers de l’hyperconnexion, et notamment sur le désormais incontournable smartphone.

 

Je me rendais compte à quel point cet objet ultra-connecté était devenu un objet indispensable dans notre vie de tous les jours, et dans la mienne en particulier.

 

Je ne possédais qu’un modeste I Phone 4, mais inconsciemment, il était déjà devenu une personne à part entière, un compagnon de voyage et de travail, un assistant personnel, consulté du matin jusqu’au soir.

 

Pour mesurer son addiction au tabac, on demande aux fumeurs à quelle heure ils «grillent » leur première cigarette.

 

Posez-vous donc la même question pour mesurer votre addiction smartphone :

 

  • A quelle heure le consultez-vous le matin ? Au saut du lit ? Avant ou après votre première tasse de café ?
  • Et jusqu’à quelle heure ? Avant ou après avoir souhaité une bonne nuit à vos enfants, à votre conjoint ?

 

Tel un Tamagushi des temps modernes :

  • Vous le nourrissez, en rechargeant ses batteries régulièrement,
  • Vous l’emmenez chez le vétérinaire, grâce aux fameux service qualité de l’Apple Store du Carrousel du Louvres.

 

Observez-le bien et vous verrez ses yeux et sa bouche en le regardant de face, il ne lui manque que la parole, mais c’est chose faite à présent avec Siri.

 

Morgane Tual, journaliste au Monde parlait hier dans un article de « la tentation de l’avatardisation de l’être ». Il semble qu’Apple ait ouvert la voie à un vrai coach-assistant personnel. Pourquoi pas me direz-vous, nous faire rappeler à l’ordre,  avec bienveillance : « Vous devriez marcher un peu plus aujourd’hui pour respecter les recommandations de l’OMS »,  « Pensez à  souhaiter un bon anniversaire à votre 560ème ami sur Facebook, consulter tel ou tel article en rapport avec votre activité professionnelle » etc..

 

On ne peut pas aller à l’encontre de la révolution numérique, ni de la révolution des objets, le fameux « Internet of Things »…

 

Selon un article de Maddyness, 50 milliards d’objets connectés seront en circulation à horizon 5 ans, pour un chiffre d’affaires de 7 000 milliards de dollars, de quoi redonner des couleurs à certains secteurs économiques en perdition et avec certaines perspectives encourageantes sur l’emploi, mais sans doute pas aveuglément.

 

La question n’est pas d’aller contre cette révolution, mais de bien l’appréhender, en conscience. Lors de notre dernière table ronde qui s’est déroulée le 15 juin dernier au CNAM, le philosophe, Directeur de l’IRI et membre du Conseil National du Numérique, Bernard Stiegle, qui fait pourtantpreuve d’un esprit critique certain sur la transformation numérique, reconnaissait qu’il était un grand utilisateur de Google et que cette utilisation lui avait permis d’écrire et de diffuser beaucoup plus d’articles et de notes de recherche ces 5 dernières années.

 

On sait depuis quelques années que Google offre des stages de déconnection dans le désert à nombre de ses employés, que Steve Jobs lui-même ne voulait pas que ses enfants ait un ordinateur à la maison, tout comme la plupart des dirigeants de Google, Twitter et autres Gafa comme le souligne un article du Point, intitulé Les enfants de steves Jobs privés d’I-pad :

 

 

A en croire également le New York Times, de nombreux dirigeants de la Silicon Valley envoient leurs enfants chez Waldorf, un établissement dont la pédagogie est particulièrement anti-technologique, car « tablettes et smartphone représentent une menace pour la créativité, le comportement social et la concentration des élèves ».

 

 

De notre point de vue, la question n’est pas tant de savoir s’il faut ou non utiliser ces nouveaux outils, mais de bien définir un « code de la route », un « manuel des bonnes pratiques », et d’agir au quotidien en (pleine) conscience, puisque cette approche qui vante et popularise les bénéfices anti-stress de la méditation, est désormais à la mode, certainement en réaction aux troubles de l’hyper-connection.

 

La question est bien davantage de savoir si nous sommes des « Sujets » Connectés, acteurs de notre vie, plutôt que des « Objets » Connectés. Et pour rester ou devenir sujet de sa vie, qu’il s’agisse du champ professionnel ou privé, il importe, de temps en temps de se déconnecter, ou plutôt de se reconnecter, à soi, de travailler, sur soi, sur ses rêves, sur ses croyances limitantes, sur son chemin de vie.

 

Souhaitant que ce chemin de vie soit le vôtre, alors sans doute pourrez-vous mieux percevoir et goûter intérieurement cette belle maxime de Confucius :

 

« On n’a que deux vies, et la première commence, le jour où l’on réalise qu’on n’en a qu’une ».